Partager l'article ! Saïd le Taxi: Grâce à mon poste à l’Oasis des Tortues, je me déplace beaucoup en taxi. Je dis grâce, car j’aime bien prendre ...
Grâce à mon poste à l’Oasis des Tortues, je me déplace beaucoup en taxi.
Je dis grâce, car j’aime bien prendre les grands taxis dans ce pays. Certains détracteurs grinceront des dents en lisant ceci.
Il est vrai, les véhicules servant de taxis sont bien souvent des ruines dont les portières ferment mal. Essentiellement constitué de Mercedes 240D blanches, le cheptel inter-cités est conséquent, car les usagers sont nombreux.
Les gens s’entassent à 7 par voiture, organisé comme suit :
Je vous entends déjà me dire que le confort dans ces taxis a l’air inexistant. J’ajouterai, par amusement à vous voir perplexes, que les Marocains abhorrent rouler la fenêtre ouverte, par peur des courants d’air, même par une chaleur étouffante, et qu’il arrive souvent que l’un d’eux sente la sardine sans pour autant travailler au port. De plus, il suffit d’une personne un peu corpulente, et tout le fragile équilibre de répartition des masses sur la banquette arrière s’en voit chamboulé. Coudes et genoux rentrent aisément dans les côtes voisines, bras et épaules se calent maladroitement les uns sur les autres, cherchant le moindre confort, aussi précaire soit-il. Sans balancer, les femmes mûres marocaines ont souvent un embonpoint particulièrement dimensionné. Il est évident que dans ce pays, le moindre geste déplacé ou perçu comme tel envers la gente féminine engendre scandale et outrage. La situation devient alors absolument délicate, car l’on se retrouve presque à se glisser comme une anguille entre les replis de tissus, espérant ne pas toucher chair et peau. Et je ne parle pas des trajets de plusieurs heures. Sur la banquette cuir peu épaisse, vos fesses se durcissent douloureusement, aplaties qu’elles sont sans pouvoir se dégourdir. Les fourmis envahissent vos jambes comme les parisiens en Scénic envahissent l’autoroute du soleil en août. Il est possible de ne plus sentir sa main, tant la position « bras allongé sur le haut de la banquette avec torse tourné à l’opposé » coupe la circulation sanguine.
Malgré toute cette description peu flatteuse, j’aime bien prendre le grand taxi. Pourquoi ?
Pour la musique berbère traditionnelle totalement répétitive mais tellement dépaysante (cliquer ici pour entrer dans le paradis du kitsch) ; pour les petites décorations colorées sur le volant ou pendues au retroviseur, escortées d'autocollants du Che, de la main de Fatma ou d'hologrammes Kellogs old school ; pour les paysages superbes, que l’on a le temps d’admirer ; pour le prix, si bas qu’il en devient anecdotique ; pour ce côté aventure et baroud, loin du luxe conformiste trop plat et ennuyant.
Et puis surtout, pour les rencontres. Parfois rapides et polies, parfois inexistantes ou limitées au bonjour ou au sourire, parfois sources de longues discussions et de franche sympathie, elles me rappellent toujours que je suis dans un autre pays, et que j’y suis bien.
Note : dans les taxis urbains, pas d’entassement. Trois clients maximum sont autorisés dans la voiture, en plus du chauffeur. C’est vrai que c’est bien aussi.
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