Vendredi 5 mars 2010 5 05 /03 /Mars /2010 10:36

Grâce à mon poste à l’Oasis des Tortues, je me déplace beaucoup en taxi.

Je dis grâce, car j’aime bien prendre les grands taxis dans ce pays. Certains détracteurs grinceront des dents en lisant ceci.


 


Il est vrai, les véhicules servant de taxis sont bien souvent des ruines dont les portières ferment mal. Essentiellement constitué de Mercedes 240D blanches, le cheptel inter-cités est conséquent, car les usagers sont nombreux.


http://images.travelpod.com/users/vmarchal/1.1224244320.grand-taxi.jpg


Les gens s’entassent à 7 par voiture, organisé comme suit :

 

 

 

Je vous entends déjà me dire que le confort dans ces taxis a l’air inexistant. J’ajouterai, par amusement à vous voir perplexes, que les Marocains abhorrent rouler la fenêtre ouverte, par peur des courants d’air, même par une chaleur étouffante, et qu’il arrive souvent que l’un d’eux sente la sardine sans pour autant travailler au port. De plus, il suffit d’une personne un peu corpulente, et tout le fragile équilibre de répartition des masses sur la banquette arrière s’en voit chamboulé. Coudes et genoux rentrent aisément dans les côtes voisines, bras et épaules se calent maladroitement les uns sur les autres, cherchant le moindre confort, aussi précaire soit-il. Sans balancer, les femmes mûres marocaines ont souvent un embonpoint particulièrement dimensionné. Il est évident que dans ce pays, le moindre geste déplacé ou perçu comme tel envers la gente féminine engendre scandale et outrage. La situation devient alors absolument délicate, car l’on se retrouve presque à se glisser comme une anguille entre les replis de tissus, espérant ne pas toucher chair et peau. Et je ne parle pas des trajets de plusieurs heures. Sur la banquette cuir peu épaisse, vos fesses se durcissent douloureusement, aplaties qu’elles sont sans pouvoir se dégourdir. Les fourmis envahissent vos jambes comme les parisiens en Scénic envahissent l’autoroute du soleil en août. Il est possible de ne plus sentir sa main, tant la position « bras allongé sur le haut de la banquette avec torse tourné à l’opposé » coupe la circulation sanguine.

 

Malgré toute cette description peu flatteuse, j’aime bien prendre le grand taxi. Pourquoi ?

Pour la musique berbère traditionnelle totalement répétitive mais tellement dépaysante (cliquer ici pour entrer dans le paradis du kitsch) ; pour les petites décorations colorées sur le volant ou pendues au retroviseur, escortées d'autocollants du Che, de la main de Fatma ou d'hologrammes Kellogs old school ; pour les paysages superbes, que l’on a le temps d’admirer ; pour le prix, si bas qu’il en devient anecdotique ; pour ce côté aventure et baroud, loin du luxe conformiste trop plat et ennuyant.

Et puis surtout, pour les rencontres. Parfois rapides et polies, parfois inexistantes ou limitées au bonjour ou au sourire, parfois sources de longues discussions et de franche sympathie, elles me rappellent toujours que je suis dans un autre pays, et que j’y suis bien.

 

DSCN2632.JPG

 

Note : dans les taxis urbains, pas d’entassement. Trois clients maximum sont autorisés dans la voiture, en plus du chauffeur. C’est vrai que c’est bien aussi.

Par Cheng
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Mardi 9 février 2010 2 09 /02 /Fév /2010 17:09
Lorsqu'on lit le titre, on sait généralement bien comment finissent ce genre d'histoire. Mais le contexte marocain peut engendrer des dénouements rocambolesques, presque irréalistes au XXIème siècle.

La loi et le droit ne sont pas dans ce cher Maroc le référents de la vie quotidienne. Beaucoup de situations, même administrative, se règlent de manière informelle.
La rencontre est ici plus importante que le mail officiel, la discussion et la parole plus crédibles qu'un contrat signé, avec mention 'lu et approuvé". Certains marocains sont même offusqués lorsqu'on leur demande de rédiger un document type contrat pour assurer la réalisation d'un service. Ils croient dans ce cas-là que nous ne leur faisons pas confiance, et peuvent se sentir insultés par ce geste.

Eh bien j'ai entendu récemment une anecdote excellente sur cette situation de domination de l'informel et du subjectif. Il arrive parfois que les représentants de la loi elle-même en réfèrent à leur jugement personnel, en dehors de toutes les bornes législatives.
C'est le pasteur Jean-Luc qui m'a raconté cette histoire, et bien d'autres encore, fort de son expérience de 9 ans passés au Maroc.

L'entreprise Ciments du Maroc possède dans le pays énormément de terres. Elle fait partie d'un grand groupe capitaliste italien comme on en connait des tonnes par chez nous, de ceux qui travaillent avec Suez et First Eagle Funds. Vous voyez le tableau. Le genre de gros portefeuilles intouchables dans les pays en voie de développement, cherchant plus à favoriser les grands investisseurs étrangers que les ressortissants délaissés.

http://tnhistoirexix.tableau-noir.net/images/capitalisme.jpg

Les Ciments du Maroc ont donc exploités depuis des dizaines d'années bon nombre d'hectares de terres habitables pour extraire les minéraux nécessaires et pour créer des grandes cimenteries nuisibles à l'environnement alentours. La critique est facile, certes, mais elle a le mérite d'être juste.
L'intelligence de cette entreprise réside dans le fait qu'elle a acquis au cours de son travail des terrains en quantité, qu'elle garde de côté plusieurs années. Ceci afin d'avoir toujours une réserve foncière suffisante pour pallier à tout manquement subit ou toute crise financière mondiale engendrant une flambée des prix du m².
Un de ces terrains non utilisés était squatté par un bidon ville imposant. De ceux où croupissent les migrants sans travail en provenance des campagnes marocaines ou d'Afrique centrale.

http://sylvielasserre.blog.lemonde.fr/files/2007/03/dsc_0100-bd.1173512943.jpg
Or Ciments du Maroc voulut exploiter ces terrains, en délocalisant à grands coups de godillots les pauvres squatteurs. L'affaire se retrouva très vite en justice. Escortés d'une armada d'avocats et de spécialsites juridiques tous plus clinquants les uns que les autres, la firme cimentière ne craignait aucunement la défaite. Peu de spécialsites donnaient cher des pauvres hères incapables de lire un Code juridique.

C'est alors que le miracle se produit. Allah, Dieu, la félicité, la justice céleste, ou bien un destin particulièrement favorable, intervinrent lors du procès. Le juge en charge donna raison aux sans-abris bidonvillois et donna tort aux experts juridiques gominés. La presse fut ébahie de ce jugement, tandis que les actionnaires et les investisseurs amateurs de poussière blanche cimenteuse ruminèrent leur rage.

 


 


Pour seule jsutification, le juge décréta qu'il était en son devoir de choisir, qu'il en avait la possibilié. Si seule la loi suffisait à décider, son métier était inutile. Il ne revenait qu'à lui de juger les mauvaises lois, et de prendre des décisions allant dans un sens tout autre.
Pour lui, extradier ces pauvres gens était inhumain et immoral. Et une loi immorale devait être combattue, ou tout du moins ignorée, lors d'un jugement tel que celui-ci. Il ajouta même que Ciments du Maroc n'avait pas à se plaindre, car ils vivaient largement au-dessus de leurs moyens, et leur quasi-monopole foncier ne s'en trouvait pas menacé. L'entreprise obéit et ne fit pas appel! Un vrai conte de fée!

J'adore cette histoire, car elle nous apprend une chose : tous démocrates que nous sommes, emplis de bonnes intentions et d'humanisme moelleux, brandissant avec foi la Déclaration des Droits de l'Homme à tout bout de champ, on peut prendre une bonne leçon d'humanité et de compassion de la part d'un citoyen de régime royal autoritaire. Nous ferions d'ailleurs bien d'en prendre de la graine, lorsque nos chers policiers bousculent avec zèle quelques tentes Quechua installées sur un quai parisien sans histoire.

Par Cheng
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Jeudi 5 novembre 2009 4 05 /11 /Nov /2009 15:09
Certaines choses sont à éviter dans ce pays. La société marocaine, proche de nombreuses sociétés arabes, a mis en place des codes et des symboles forts à ne pas transgresser. Voici en quelque sorte une liste des gestes et paroles tabous, afin de ne pas faire de gaffes auprès de la population. Le but est de jouer avec les règles du jeu locales.

- Serrer la main pour saluer est un geste chaleureux, indiquant à la personne en face que tu es son ami, que tu le rencontres en paix. Une poigne douce est donc à privilégier. Serrer la main de manière virile peut même être perçu comme un acte d’hostilité, de provocation, signifiant le conflit et le reproche. C’est un peu tout l’inverse de l’Occident, où une poigne ferme est signe d’assurance, de respect. Amener la main à son cœur appuie encore plus l’amitié et la sympathie.

- Boire de l’alcool est évidemment tabou, voire proscris. Acheter des boissons alcoolisées doit se faire discrètement, et il faut éviter de s’en procurer dans un lieu très fréquenté. De plus, les Marocains savent très bien où de tels élixirs se trouvent. Une amie a récemment été acheter des bières en ville, et il lui a semblé que les taxis ont refusé plusieurs fois de la prendre, probablement à cause de la boutique dont elle sortait ! Il faut évidemment boire l’alcool chez soi, jamais en public, afin de ne pas s’attirer les foudres de quelques passants nerveux. Même si cet aspect des coutumes locales peut paraitre frustrant pour des Français amateurs de vin et de whisky comme nous, il faut se mettre aussi à leur place pour comprendre leur point de vue. Imaginons qu’en France, des Allemands, des Vietnamiens ou que sais-je, des Colombiens, s’offusquent de ne pouvoir consommer de la cocaïne comme bon leur semble. Nous refuserions bien sûr de céder à leurs envies à l’encontre de nos principes et de nos lois. Les codes changent d’un pays à l’autre, il faut bien l’admettre et faire avec.

- L’épanchement sentimental est mal vu au Maroc. Tendresse, bisous et câlins attirent regards mauvais et remarques acerbes. Il vaut mieux se retenir et s’exprimer dans la sphère privée, afin de ne pas provoquer les gens ostensiblement. A mon arrivée à l’aéroport, l’accueil de ma chérie me parut froid et réservé, mais je compris par la suite que son attitude dépendait de ce tabou. Contraste amusant, les hommes se baladent sans complexe main dans la main sans que ça n’étonne personne !

Cette liste sera complétée régulièrement, au fur et à mesure de mes découvertes sur la société marocaine. A suivre donc !
Par Cheng
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Jeudi 29 octobre 2009 4 29 /10 /Oct /2009 10:36

Le contraste est saisissant. Les Marocains sont à la fois des gens très actifs, à la fois patients devant l’éternel.

D’un côté, les habitants de ce pays du Maghreb composent une mosaïque sans cesse en mouvement. Les véhicules se croisent sur les routes dans une cohue déroutante. Ce trafic se fait avec une fluidité impressionnante. Une voiture faisant demi-tour en pleine avenue bondée ne choque personne, les piétons traversent où bon leur semble, et les priorités aux rond points alternent entre priorité à droite et cédez le passage classiques. Rouler sur la file de droite étant perçu par les Marocains comme signe de faiblesse, les voitures roulent à cheval sur la bande blanche du milieu. Doubler tient alors du sport extrême, l’adrénaline étant à chaque fois au rendez-vous pour les non-initiés ! Les mobylettes zigzaguent entre les camions surchargés et les Peugeot 205 orange faisant office de taxi urbains.

 

Autre exemple de l’activité fiévreuse de la population, les transports en commun. Nous avons pris le bus pour rejoindre Ouarzazate en partance d’Agadir. Ce moyen de transport est en fait l’exemple parfait du contraste entre suractivité et flegme. A chaque arrêt, le pilote descend de son bus, accompagné de plusieurs passagers. Sans que je sache quel est le sujet de toute cette excitation, j’assiste à chaque fois à une scène amusante. Les hommes se parlent avec passion et ton emporté, chacun ayant l’air de rajouter son commentaire sans être toutefois concerné à priori. Les mains s’envolent, les regards fusent dans tous les coins, les paroles se mêlent pour former une cacophonie chaotique. Les protagonistes se serrent ensuite les mains, sourient, rigolent, parfois restent en colère. Le chauffeur démarre le bus, et tous grimpent avec empressement pour rejoindre leur place. Certains sont même obligés de courir après l’engin, sautant à l’intérieur à la manière de Starsky. Il nous est même arrivé de voir un homme monter pendant que nous roulions, au milieu du désert et à une vitesse avoisinant à mon avis les 60 km/h ! Quel ne fût pas notre étonnement, nous étions ébahis !

Mais quel contraste, une fois assis dans le bus, les passagers sont d’un stoïcisme incroyable. Rien ni personne ne bouge, et nos voix de français s’impatientant étaient les seules à répondre au bruit du moteur diesel suranné. De même, lorsque nous voyagions de nuit, nous n’hésitions pas à nous affaler sur les deux sièges composant la banquette afin de piquer un somme. Nous avions beau observer avec attention, aucun Marocain ne dormait ni ne s’affalait sur son siège. Ils restent tous droit comme des « i », ne montrant jamais de signe de fatigue ou de lassitude !

 

Lors de ces mêmes voyages à travers le Sud pour rejoindre Ouarzazate ou Essaouira, nous avons été étonnés de voir une quantité incroyable de personnes attendant sur le bord de la route. Même dans des régions dignes d’être appelées des déserts, nombre d’hommes et de femmes sont assis sur le trottoir, sous un arbre, contre un mur, dans les rochers.

Lorsque nous avons pris le taxi pour Essaouira, nous avons dû patienter une heure trente dans la gare routière avant de décoller. En effet, les taxis extra-urbains de ce pays attendent de se remplir avant de démarrer. Il faut donc trouver des visiteurs désirant la même destination, et ils ne sont parfois pas nombreux. Alors que nous nous impatientions de partir, ne voulant pas gaspiller les heures de notre journée déjà bien remplie, les chauffeurs et les passagers déjà prévus avec nous attendaient avec un calme incroyable. L’attente ne leur enlevait pas le sourire, bien au contraire. Ils profitent du temps pour déconner entre chauffeurs.

 

Ainsi, notre comportement d’occidental est souvent en contraste avec celui des Marocains. Ce constat n’est toutefois pas une critique, bien au contraire. Observer nos différences me permet de mieux comprendre les mœurs de ce pays, et cela est tout à fait passionnant.

Par Cheng
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Jeudi 29 octobre 2009 4 29 /10 /Oct /2009 10:28

 

Contrairement au titre de cet article, il y a beaucoup à raconter sur la ville d’Agadir au Maroc. Ce dicton est pourtant sans cesse répété par les marocains avec qui je discute, en particulier les commerçants heureux d’apprendre que je suis un résident, et non un touriste.

En effet, me voilà dans cette cité au bord de l’océan Atlantique afin de trouver un emploi me permettant de prolonger mon séjour, et surtout d’acquérir de l’expérience dans le domaine du développement durable et de l’aménagement du territoire.

La ville d’Agadir est un peu à l’image du cliché des villes des pays en voie de développement. Les immeubles en construction sont légion, des lotissements entiers d’armatures de béton non terminées fleurissent partout dans et autour de la ville. On appelle cela le « syndrome du Tiers Monde ». On m’a raconté que cet effort constant de construction était en fait pour donner une image de développement et de bonne santé économique, ce qui n’est pas forcément le cas. Les projets immobiliers ont beau se multiplier comme des lemmings en Alaska, très peu aboutissent, laissant ainsi cette impression d’inachevé. Ce phénomène est tellement important qu’il étend ces effets sur des dizaines de kilomètres autour de la ville.

Il faut aussi ajouter qu’Agadir a été désintégrée en 1960 par un tremblement de terre. Rien n’a survécu à la catastrophe. Le nombre de morts est encore aujourd’hui imprécis, les statistiques démographiques étant quasi inexistantes à cette époque dans le pays. Il a donc fallu tout reconstruire, et force est de constater qu’au vu de la taille de la ville, les Gadiris n’ont pas chômé en presque 50 ans.

C’est dans ce décor de reportage d’Arte que je passe mes journées et prépare mon intégration dans le monde du travail de ce pays. A l’heure où j’écris ces lignes, le muezzin de la mosquée de Charraf appelle les croyants à la prière, et sa voix résonne avec ferveur dans l’air chaud de la fin de journée.
Par Cheng
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